Introduction : Les règles du jeu
La question de la violence dans le jeu vidéo et son accessibilité aux mineurs, incluant les enfants, n’est pas récente. Elle plane au-dessus du marché vidéoludique depuis de longues années. Si elle était sans doute déjà sur quelques lèvres et dans quelques pensées auparavant, c’est surtout en 1993 qu’elle sortit de l’ombre et devint un vrai sujet d’actualité, avec la sortie de Doom, ce jeu sanguinolent dans lequel vous shootiez une horde d’aliens hideux et dangereux.
Depuis 1993, le jeu vidéo s’est donc vu confronté à un débat soutenu, souvent stérile, mais qui a toutefois amené quelques avancées non négligeables. Ainsi, sur les jaquettes de jeux, les USA ont vu fleurir un label ESRB. En Europe, un label identique est également apparu, le PEGI. Ces deux labels sont destinés à prévenir le consommateur et donner un âge minimum pour jouer à un jeu. L’ESRB, et le PEGI, Pan European Game Information, sont donc deux systèmes d’évaluation afin d’encadrer la diffusion des loisirs numériques aux mineurs. Des différences subsistent entre eux, bien entendu. L’ESRB est réputé plus « dur » dans sa notation (mais pas toujours). Pour ne citer que quelques exemples, l’inoffensif Boogie, de Electronic Arts, est conseillé aux plus de 3 ans par le PEGI (c’est la norme la plus faible) et aux plus de 10 ans par l’ESRB. A contrario, Tomb Raider Legend, interdit aux moins de 13 ans par l’ESRB, est déconseillé aux moins de 16 ans par le PEGI.
Vous noterez bien la différence de termes employés ici : l’ESRB interdit, le PEGI déconseille. L’ESRB a en effet une valeur légale : ne pas suivre ses recommandations, si vous êtes revendeur, peut vous mener devant un tribunal et être condamné à une amende, voire de la prison. Le PEGI n’étant qu’à titre informatif, si un magasin vend un jeu déconseillé aux moins de 18 ans à un enfant de 10 ans, il ne risque strictement rien.
Et c’est ce qui nous mène à l’idée de cette enquête. Elle n’est pas destinée à étudier la manière dont le PEGI ou l’ESRB classent les jeux, même si un tel dossier serait très certainement passionnant, mais pour savoir si oui ou non ces indications servent à quelque chose.
Aujourd’hui, nul ne peut nier qu’il y a des responsabilités à avoir. Parentales, dans un premier temps : on ne laisse pas jouer son enfant à n’importe quel jeu. Commerciales ensuite : vendre un jeu hyper violent déconseillé aux mineurs à un gamin pré-pubère n’est franchement pas intelligent. Reste que, comme expliqué ci-dessus, un magasin français ne risque aucune poursuite ni aucun souci d’aucune sorte pour une telle action. Ce qui n’empêche pas d’avoir du bon sens. Et justement, nos boutiques en ont-elles, du bon sens ?
Nous avons voulu avoir la réponse à cette question et, pour ça, nous avons arpenté les allées d’une trentaine de magasins situés pour la majeure partie en région parisienne (mais pas exclusivement). L’idée était simple : Dans un premier temps, nous avons demandé à discuter avec le gérant de la boutique, voire le directeur du rayon. Une fois que ce fut chose faite, nous sommes revenus un autre jour pour étudier le comportement des vendeurs et des clients, afin de voir si les belles phrases et les grandes déclarations étaient suivies d’actes…
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