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En direct de la Japan Expo
Vignette Rédigé par le 11 juillet 2007

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On est un vendredi… Le jour de la semaine durant lequel on se dit « super, on va à un salon un jour de semaine, il devrait pas y avoir de monde », et manque de pot, c’est le premier vendredi des vacances scolaires : c’est pété de monde. Il faut dire aussi que les organisateurs de la Japan Expo avaient mis les petits plats dans les grands. Si l’année dernière, le salon a tapé les 60 000 visiteurs, cette année, les organisateurs avaient tablé sur un total de 70 000 visiteurs… Obtenir ce score le même week-end que le salon du Mondial du Gaming, il faut le vouloir. Reste qu’aux dernières nouvelles, ce ne sont pas moins de 55 000 préréservations qui ont été vendues sur le net en quelques jours à peine… la couleur était donc annoncée : on allait se taper du monde dans la bétaillère… mais pour mieux comprendre dans quelle mesure on a eu du mal avec la Japan expo, il faut remonter le temps de plusieurs jours avant l’ouverture de la manifestation.

Flash-Back
- Pete : Allo
- Gizmo : Salut. Bon, c’est super, j’ai réussi a avoir des interviews avec Masachika Kawata pour Resident Evil : the Umbrella Chronicle et Minae Matsukawa pour phoenix Wright, qui présentent leurs jeux qui sortent sur les consoles Nintendo.
- Pete : Super. C’est quand ?
- Gizmo : Vendredi 6 juillet. A la Japan Expo… Au parc des expositions.
- Pete : QUOI ?
- Gizmo : Quoi, quoi ? On va à la Japan Expo, on fait l’interview, un reportage, et on se casse, on n’en a pas pour longtemps…
- Pete : Et tu sais exactement OÙ ça se passe la Japan Expo ?
- Gizmo : Ben oui, abruti, je viens de te le dire : au parc des expositions, porte de Versailles.
- Pete :
- Gizmo : c’est pas porte de Versailles, le Parc des expositions ?
- Pete : Ben le parc des expositions du Japan Expo, c’est pas celui de porte de Versailles… C’est celui de Villepinte, à Paris Nord II… C’est juste super chiant pour y aller, et en plus, sur place c’est vraiment naze, parce que tu n’as vraiment rien autour.
- Gizmo : Attends, attends... C’est pas à Paris ?
- Pete : Ben non, c’est pas à Paris… Et je te jure que pour y aller, ça donne autant envie que d’aller chez le dentiste pour se faire arracher quatre dents… Regarde sur Mappy.
- Gizmo : PUTAIN MAIS C’EST NAZE ! C’EST SUPER LOIN ! ET C’EST SUPER CHIANT POUR Y ALLER !
- Pete : Oui, c’est ce que je me tue à te dire, bordel de merde… Fallait vraiment que t’acceptes ?
- Gizmo : Mais je croyais que c’était à PARIS, moi !
- Pete : Il ne faut jamais croire les éditeurs… Y a pas moyen d’annuler ?
- Gizmo : Ben non, pas moyen… J’ai dit oui, la totale… Bon, allez, on va passer un bon moment, tu vas voir…
- Pete : Mes couilles ! Voilà ce qu’on va trouver : un salon rempli jusqu’à la gueule de grands malades qui sont incapables de lire une bande dessinée de gauche à droite, qui ne conçoivent le Japon qu’à travers la culture manga, en oubliant tout le reste, et qui ne regardent les dessins animés japonais qu’en VO non sous-titré. Au milieu de ça, on aura trois péquins, deux pelés et trois tondus déguisés en trucs improbables, mais complètement moches, puisqu’ils ne se donnent jamais les moyens de concevoir des costumes de qualités, des goths à gogo qui pensent dur comme fer que la culture pop japonaise est typiquement romantique, et que Hiroshima était un poète médiéval japonais, sans compter les p’tits cons qui vont vouloir nous donner des leçons de dessins alors qu’ils ne savent même pas en quoi consiste le travail de découpage dans une bédé, et surtout sans compter le fait qu’ils sont infoutus de comprendre la différence fondamentale entre l’ellipse d’un manga, et celle d’une autre bédé occidentale. Pour finir, on va trouver du café à 5 euros la tasse en carton, du coca à 10 euros la bouteille de 50 cl, et les trois quarts de l’expo vont être squattés par des libraires et éditeurs qui veulent liquider leurs stocks au prix fort… Génial !
- Gizmo : Attends, il y a aussi Hironobu Sakaguchi, monsieur Final Fantasy, qui va présenter Blue Dragon… On est invité par Microsoft pour ça
- Pete : Puutain… t’as pas dit « oui » à moitié, toi.
- Gizmo : Non.

Sur Place

Trouver la chose en voiture est finalement relativement simple, lorsqu’on vient de la capitale… Si, en revanche, on vient du nord, là, c’est carrément pus difficile, le parc des expositions n’est pas indiqué sur les panneaux… Il a fallu donc prendre l’autoroute à rebrousse-poil pour profiter les panneaux d’indication. Arrivé sur place, on se dit « bon sang, il est encore tôt le matin, j’espère qu’il n’y a personne ».

Et là, manque de pot.

Le parking était déjà aux deux tiers plein malgré l’heure matinale, et au hasard de la progression de la voiture à 10 km/h, on rencontrait des créatures se préparant pour le spectacle, d’une manière ou d’une autre. Des journalistes préparaient caméras et appareils photos, des jeunes filles se la jouaient entre elles façon « Witch, club des sorcières » sans vraiment se l’avouer, des tribus de Goth se disaient des bonjours en forme de rires gras et graves que seuls eux était en capacité de décoder et de comprendre, les faisant ressembler à des corbeaux qui jamais ne sauront voler, des types se transformaient en filles, des filles en poupées Barbie, et des poupée Barbie en étranges créatures hybrides qui ne pouvaient pas s’empêcher de se faire pousser des oreilles pointues au sommet du crâne… La faune était donc bien au rendez-vous.

Mission numéro 1, donc, retrouver Gizmo à la gare RER. En chemin, je frottais mon appareil photo comme Aladin frottait sa lanterne pour faire apparaître le génie de la lampe. Si le génie de l’obturateur était sorti, mon premier vœu aurait été « sors-moi de là !». Mais c’est lorsque le RER est arrivé que j’ai très vite considéré le monde attendu à cette manifestation. La vague humaine est arrivée, les plus grands malades courraient en direction de la sortie, et dans la mesure où la queue devant les caisses était du genre à faire attendre les gens pendant 1 h 15, on se dit que les cas devaient être particulièrement atteints. Là, au milieu de la foule vomie par le RER, Gizmo est apparu, et a hurlé : « Au Secours ! Sors-moi de là ! ».

Putain de génie…

Dedans
Sous la verrière du hall du parc des expositions, on a béni, pour le coup, le mauvais temps ambiant : l’air était respirable, et la foule présente, par temps de grande chaleur, n’aurait sans doute pas pu tenir sans perdre plusieurs millions de litres de sueur. Quoi qu'il en soit, l’endroit tenait de la bétaillère. Le service de sécurité régulait l’arrivée des visiteurs en d’immenses vagues humaines déferlant sur les caisses postées juste devant l’entrée même du salon. Le flot humain était tout de même très impressionnant à observer, inutile de se demander à quoi ça devait ressembler le samedi même : ça devait être l’enfer.

L’organisation elle-même pour parvenir à faire les interviews de Masachika Kawata et de Minae Matsukawa était, de son côté, parfaitement merdouilleuse. On a ainsi tourné pendant 20 minutes pour savoir dans quel salle se déroulaient les interviews organisées par Nintendo. Quoi qu'il en soit, les interviews elles-mêmes se sont toutes très bien déroulées, même si, pris par le temps, nous avons dû accélérer le pas pour se rendre à la grand-messe organisée par Microsoft, à savoir la présentation de Blu Dragon, en la présence de son créateur Hironobu Sakaguchi .

Blue Dragon ?

En fait, non… On est arrivé à temps, mais ce n’est pas à la présentation du jeu à laquelle on a eu droit. À l’heure pourtant spécifiée par Microsoft, on a eu droit à un double défilé de mode, du genre de ceux qui essaient de faire dans la provoc en balançant du Goth et de la poupée acidulée façon manga devant un parterre de fan, applaudissant dès qu’une femme sur le podium en caresse une autre. C’était du touche-pipi enrobé de dentelle noire relativement inintéressant, sauf si, bien sûr, on est goth, ou si on bosse son dessin en même temps : il fallait prendre des notes pour le posing, c’est toujours bon à prendre lorsqu’on essaie de vendre des dessins à des éditeurs. Pour le reste, on s’est quand même globalement bien fait chier.

Et puis Hironobu Sakaguchi est arrivé, en toute simplicité… Cependant, sa présence a joué un véritable rôle de détecteur de fan-boys. Extraits :

- Bonjour, je suis Hironobu Sakaguchi
- La foule : OOOUUUUUUAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIS !
- Je suis content d’être ici
- La foule : OOOUUUUUUAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIS !
- Merci
- La foule : OOOUUUUUUAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIS !
- On va vous présenter…
- La foule : OOOUUUUUUAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIS !
- … Blue Dragon
- La foule : OOOUUUUUUAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIS !
- Merci
- La foule : OOOUUUUUUAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIS !
- Et une démo
- La foule : OOOUUUUUUAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIS !
-
-prout-
- La foule : OOOUUUUUUAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIS !


Bon, j’exagère à peine, Hironobu Sakaguchi n’était pas du genre à lâcher une caisse devant tout le monde, mais je pense sincèrement que l’abrutisme de masse aurait applaudi devant un tel accident digestif. Bref, c’était chiant. Évidemment, tout ce qui a été dit à propos du jeu, nous le savions déjà, et c’est surtout le grand public qui a pu profiter de la chose… la presse spécialisée se demandant si, finalement, elle n’allait pas traiter un sujet sur les fans-boys, plutôt que sur la présentation du jeu… Comment ça, c’est ce que je suis en train de faire ? N'empêche que nous avons eu droit à la bande annonce (cinématique) de Lost Odyssey, le prochain jeu du bonhomme, et que là, nous en avons pris plein les yeux : Un monde fascinant, beau à en couper le souffle... pas de doute, celui-là, on l'attend de pied ferme...

Reste que les fans-boys en question ont vraiment pu s’illustrer à travers des questions posées directement à l’auteur de Blue Dragon. Tout cela mettait en avant le côté prévisible du public. Pour exemple la première question a été « comptez-vous continuer à faire que des jeux en japonais, et sous-titrés en français ? ». Misère...

Alors, c’était naze ou pas ?
Et bien non… Ce n’était pas naze. Plusieurs choses ont vraiment été très agréablement surprenantes, et sauvent à elles seules la manifestation. D’une part, le public était frais… Fan ou pas, boulon ou pas, intégriste ou pas, le public était mû par une fraîcheur et une curiosité extraordinaire. A chaque stand, on avait vraiment l’impression que le public découvrait quelque chose de nouveau. L’émerveillement était constant, et cette fraîcheur était franchement très contagieuse. 

Et puis, on a rencontré aussi des gens animés par ce qu’ils faisaient et par ce qu’ils voyaient. Des gens qui se lâchaient dans leur sujet, essayant de traduire leur appétence avec tous les moyens graphiques possibles et imaginables. Ici, on avait un Sacha qui taquinait le manga sur des palissades de papier, là, on avait Cecilia qui, casquette retournée sur la nuque, apprenait l’art du reportage photo en live, quitte à bricoler pour son site juste après, histoire de donner quelque chose de « pop » et d’acidulé… Bref… Des gens ANIMÉS, sans vouloir faire un mauvais rapprochement entre ces personnes habitées par le démon de la créativité, et les séries animées qui passaient en boucle sur les murs d’écrans du salon.

Enfin, on a trouvé d’autres personnes, elles aussi animées, mais carrément actrices du mouvement culturel qu’elles incarnaient. Le meilleur exemple revient à Ankama, présent sur place, pour nous démontrer qu’on peut faire du jeu vidéo et du manga en même temps, voire même de la bande dessinée plus « classique » ou encore de simples illustrations.
C’était créatif.
Réactif.
Bouillonnant.
Vivant…

Pourvu que cela ne se perde jamais.