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[Exclusif] Lanfeust de Troy : Nos premières impressions sur le jeu
Vignette Rédigé par le 10 juillet 2007

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Prenez une série connue. Enfin, dans les pays francophones surtout. Prenez un éditeur qui relève tout doucement la tête suite à des problèmes financiers et qui a dû se séparer de bon nombre de ses licences à succès. Faites une adaptation (généralement synonyme de ratage total) du premier par le second. Saupoudrez d'un temps de développement très réduit (moins de dix mois). Prévoyez une sortie sur Nintendo DS en novembre prochain et sur PSP en mars 2008. Tout est réuni pour livrer une belle grosse bouse infâme. Si, si. 

C’est donc avec les crocs aiguisés et l’envie de bouffer du développeur que j’allais assister à une première présentation du jeu vidéo Lanfeust de Troy sur Nintendo DS. D’autant plus que, connaissant personnellement les auteurs de la BD, ils m’avaient laissé carte blanche pour épancher mes doutes et mes déceptions, comptant sur moi pour leur faire un rapport détaillé et sans concession. « Nous on trouve ça très bien mais toi, tu as un œil professionnel que nous n’avons pas », m’avait glissé Christophe Arleston, scénariste de la série. Après avoir cherché duquel œil il voulait parler, le droit ou le gauche, je décidais que les deux participaient à moitié et c’est avec une nouvelle estime de mes globes oculaires et en me répétant « ça va charcler chez Atari » que je me rendais donc à cette présentation.
 
Bon, déjà, il serait bon de situer pour ceux qui débarquent. Lanfeust, c’est un forgeron un peu neuneu, une sorte de joueur de jeu vidéo avant l’heure, genre pas très malin et aussi habile avec les filles qu’un castor avec du macramé. Il vit sur la planète Troy. Cette planète a la particularité de n’abriter que des habitants doués d’un don magique. Parfois très utile, comme pouvoir instantanément refroidir une pinte de bière, parfois complètement inutile, comme pouvoir soigner n’importe quelle blessure. Cette magie est relayée par des sages tout autour de la planète et, sans un à proximité, il est impossible de se servir de son don. Lanfeust vivra de grandes et belles aventures, notamment parce qu’il détient le Pouvoir avec un grand P, soit celui d’accéder à n’importe quel sort. Il est accompagné du sage Nicolède et de ses deux filles, Cixi et C’ian, ainsi que d’un Troll plus ou moins apprivoisé, Hébus. Parce que oui, sur Troy, on trouve tout un tas de bestioles, certaines assez dangereuses, dont de bons gros trolls prompts à vous arracher les dents juste pour rire et, éventuellement, pour mieux glisser la main dans la bouche et en retirer le cerveau qu’ils laisseront macérer dans un tonneau de vin avant de le déguster. Enfin bref, 8 tomes composent le cycle de Troy, sortis aux éditions Soleil, disponibles dans n’importe quel bordel de campagne, suivi d’un cycle des étoiles dont le tome 7 devrait voir le jour à la fin de l’année. Mais ici, c’est le cycle de Troy qui nous intéresse.
 

   


Lanfeust de Troy, le jeu, s’inscrit entre les deux cycles. Notre héros a battu Thanos et libéré le monde de son joug tyrannique et sanglant. Il a lourdé C’ian pour Cixi et, plutôt que de rester peinard dans une petite chaumière à lui butiner l’arrière-train tandis que poussent à leur rythme les pétunias dans le jardin, il repart à l’aventure zigouiller du méchant. Il faut dire que ses amis ont été enlevés et que ça, c'est pas gentil-gentil. La mèche noire au vent, la tignasse rousse du winner, il repart prêt à faire gicler son pouvoir en pleine face de ses ennemis, à la façon d'un Rocco Siffredi du monde de Troy.
 
Déjà, bonne nouvelle, les auteurs se sont personnellement investis dans le développement. Dans le scénario, bien entendu, et dans l’aspect graphique du jeu. Ils avouent pourtant n’avoir pas eu beaucoup à intervenir. L’entente avec le scénariste, déjà, a été telle que peu de retouches ont été apportées à ses propositions. Ensuite, la qualité visuelle du jeu les a enchantés. « C’est la première fois, nous avoue Didier Tarquin, que l’on nous promet monts et merveilles… et que l’on nous offre davantage ! ». Enthousiastes, donc, d’autant plus que Lanfeust étant une série à succès, elle est souvent à l’origine de projets divers et variés, souvent abandonnés par manque de qualité. Ce fut notamment le cas d’un précédent jeu vidéo, Lanfeust Quest, ou encore de tout un tas d’objets dérivés. « On a enfin trouvé des types aussi déjantés que nous et qui sont à fond dans l’esprit Lanfeust » jubile Christophe Arleston. Connaissant la frilosité des bonshommes quant à voir leur bébé tripatouillé par des inconnus, on se dit que s'ils sont en totale confiance, on peut nous aussi desserrer les fesses et se laisser aller, comme ça, direct sur la chaise.
 

  


Petite surprise, le jeu est un hack n’slash. Un genre mineur et loin d’être exploité sur DS. Loin d’un Diablo ou d’un Titan Quest, toutefois, celui-ci se veut avant tout destiné à un large public. Un jeu « familial » en quelque sorte. Mais loin d’être péjoratif, le terme se veut plutôt ambitieux : offrir du plaisir à toute la famille, avec un bon produit, original et fidèle à la série.
 
Le joueur pourra incarner quatre héros du monde de Troy. Lanfeust, bien entendu, mais également Hébus, Nicolède et enfin Cixi. Chacun ayant ses propres armes, ses propres capacités et ses propres évolutions. Celles-ci seront limitées mais permettront tout de même de faire progresser la puissance des armes et des personnages.
 
Le jeu sera jouable en solo uniquement. Il proposera une petite cinquantaine de niveaux pour environ 10 à 12 heures de jeu minimum. On y retrouvera d’autres personnages et monstres de la série (le Dieu des trolls blancs, Swöög, sera de la partie), tout comme des nouveaux, notamment un demi-troll pirate.
 
7 mini jeux seront disponibles, comme un lancer à la catapulte, un tir à l’arc ou une séance de soins à un blessé, pour ne citer que ceux-ci. Ils seront toutefois totalement accessoires et semblent, à première vue, très sommaires. Ce sera surtout l’occasion de mettre en pratique l’utilisation du stylet, largement abandonnée par manque de temps pour le jeu solo. En effet, tout se jouera à la croix directionnelle. Cela ne semble d'ailleurs pas spécialement handicapant. Peut-être juste un poil frustrant pour qui espérait latter l’ennemi à coups de stylet dans leur face. Mais le personnage réagit extrêmement bien aux directions.

  


 
Le jeu vous entraînera d’Eckmül au Darshan, en passant par le palais des Dieux et tout un tas d’autres lieux déjà présents dans les BD. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que graphiquement, ça déchire. Grave. Oui, je sais, on parle bien d’un jeu sur DS. Développé par des français. Edité par Atari. Mais on peut dire sans trop s’avancer que c’est aujourd’hui l’un des jeux les plus jolis sur DS. Voire carrément le plus joli jamais réalisé sur ce support, si on veut jouer la carte du patriotisme à fond. Ben oui. Jouant sur les deux écrans pour offrir une profondeur de champ importante et des décors gigantesques, les développeurs ont surtout réussi à coller une multitude de détails, des bâtiments sublimes, le tout en 3D temps réel. L’effet est tout bonnement saisissant. Alors bien entendu, certains niveaux semblent plus réussis que d’autres, mais outre le fait que le jeu est loin d’être terminé, ces niveaux moins brillants restent d’une qualité largement supérieure à la moyenne. On obtient alors une impression d'évoluer dans des paysages grandioses. Pour donner également un exemple du sérieux des développeurs, le responsable de la 3D pestait contre un bupmapping certes présent, mais en proportion infime et très largement acceptable, et me confiait qu'il devait rapidement arranger ça... « Ce qui est vraiment agréable, c'est que nous ne sommes pas en face de simples techniciens qui font leur boulot et point barre. La plupart d'entre eux sont des fans de Troy et forcément, ils se donnent à 200 % » confie Didier Tarquin, avant d'avouer ne pas avoir de console « Mais je compte bien en acheter une. Et j'achèterai aussi le jeu, même si je le reçois gratuitement, simplement parce que c'est ma façon à moi de soutenir un travail bien fait réalisé par des personnes consciencieuses » ajoute-t-il. C'est au tour de Christophe Arleston de nous confier que ses filles ont une DS, qu'il a donc vu pas mal de jeux tourner dessus, mais que « Honnêtement, c'est le plus joli que j'ai vu jusque-là. Et surtout, le fait qu'il colle parfaitement à la série, que notre travail d'auteur soit respecté, c'est un vrai plaisir. Quand on voit les personnages bouger, on s'y croirait ! »
 
Et justement, l’animation des personnages n’est pas en reste. Leur fluidité est impressionnante. Ils ne restent pas statiques lorsqu'on ne les bouge plus et ils ont des attitudes réalistes. Bref, on plonge sans peine dans l’univers de Lanfeust de Troy. C’est une immersion réussie dans la BD.
 
Finalement, cette première présentation m’aura laissé langue pendante, mais l’œil dubitatif. Ou plutôt l’inverse. L’œil pendant, expulsé de son orbite tellement c’est joli. Mais vraiment joli. Je veux dire, c’est de la DS. Vous savez, la petite console de Nintendo qui est très limitée technologiquement, du genre on se demande si on peut afficher plus de trois pixels par image. Et là, paf, c’est la claque. Le jeu se destine à être même plus joli que bon nombre de jeux… sur PSP, tiens, même si la portable de Sony est plus puissante. Et à ce titre, on a hâte de voir ce que le développement sur cette console va donner, si ce sera la même claque visuelle. Car oui, c’est une sacrée claque. Le jeu n’est pas encore en version alpha (qui précède la version bêta, jouable, qui elle-même précède la version finale), mais semble déjà d’une fluidité à toute épreuve. Bref, décors, animation, personnages sont superbes. Le jeu a l’air simple, bien foutu. Reste que le doute s’installe forcément. Si l’écrin est sublime, le jeu en sera-t-il pour autant intéressant et pas trop limité ? Les ennemis seront-ils suffisamment variés ? La non-utilisation du stylet ne risque-t-elle pas de décevoir les possesseurs d’une console qui, pour le coup, se trouvera sous-exploitée ? Vu le travail déjà effectué, on se dit que l’on n’a aucune raison de ne pas faire confiance aux développeurs, que ce Lanfeust sur DS prend le chemin d'un excellent jeu qui pourrait bien s'inscrire dans les adaptations les plus réussies jamais réalisées. Et les auteurs sont tellement enthousiastes qu’ils parlent déjà d’une suite… sur Wii pour fin 2008.