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 Monsieur le ministre et les lapins crétins
 Ca sent la carotte

Que dire ?… et surtout, comment ?
À l’occasion d’une table ronde qui a eu lieu lors de l’ouverture du festival du jeu vidéo à la Villette (cité de l’industrie à Paris) monsieur le ministre de l’Industrie, François Loos, est venu faire un discours pour nous signifier à quel point il était attaché à l’industrie du jeu vidéo…


Que dire donc…
L’air de rien, ça ne s’est tout de même pas beaucoup vu, et si la situation de nombre d’acteurs de cette industrie n’était pas critique, on se serait presque bien marré, mais bon… Là, ça craint. L’allocution de monsieur le ministre s’est particulièrement bien illustrée dans son amateurisme total, tant dans la forme que dans le fond. Sorti tout émoustillé d’un salon de l’automobile plein jusqu’à la gueule de voitures à faire rêver, qui ont le mérite de dissimuler au public que maintenant une simple voiture familiale, ça coûte 100 000 francs, et que l’industrie automobile va juste assez mal, monsieur Loss ne s’est pas empêché de faire le parallèle entre l’industrie du Jeu Vidéo, et celle du mondial des quatre roues.


« Tais toi ? »
Non, bien sûr que non, on a besoin de l’entendre notre ministre. D’ailleurs, la table ronde qui s’était tenue juste avant son intervention, et dont faisaient partie Frédéric Raynal, Benoît Sokal, David Cage, Eric Viennot , et Michel Ancel, avait lancé une perche modèle grand format à monsieur le ministre de l’Industrie, en abordant de nouveau le serpent de mer des crédits d’impôt. Certes, la table ronde n’avait pas vraiment entamé les points les plus délicats de cette industrie particulière, préférant se « rappeler du bon vieux temps », ou essayer de répondre à de trop nombreuses fausses questions sur des faux problèmes (« les jeux vidéos ont-ils besoin de noms, comme celui de Frédéric Raynal, pour obtenir une reconnaissance ? », « mais pourquoi les médias font-ils une si mauvaise réputation sur ce loisir ? », « l’exception culturelle française et la french touch»), que d’entrer dans le vif du sujet (l’avenir des studios indépendants, la politique des maisons d’édition qui veulent des produits finis en guise de démonstrateurs, ou encore, les solutions salariales préconisées dans le secteur, lorsque l’on connaît le nombre de stagiaires nécessaires au développement d’un jeu, phase qui dure rarement moins d’une grosse année)… D’ailleurs, c’est un journaliste de Libération, dont j’ai oublié le nom, qui animait cette table ronde, et qui à l’heure actuelle, n’en parle même pas sur le site de Libé… C’est dire si tout le monde s’en foutait complètement, et pourtant, on n’était pas très nombreux.

Ce fut un oral de merde…

Francois Loos a donc parlé. S’il a fait preuve d’un certain enthousiasme sur le dynamisme des développeurs et éditeurs français, s’il s’est dit très fier d’avoir en France des écoles renommées formant de futurs stagiaires développeurs de qualité, les choses se sont tout de suite gâtées lorsqu’il a entamé son discours, écrit sans doute par un conseiller qui pense s’y connaître, alors que le propos transpirait quelques 20 années de retard sur la réalités des choses. Et puis, si monsieur le ministre n’avait pas fait des boulettes grosses comme lui, et avait fait l’effort de prononcer correctement le mot « game », on aurait pu avoir au moins l’impression qu’il s’intéressait au sujet. Ainsi, au hasard de son discours, on apprend qu’on est 15 000 joueurs en France (Benoît Sokal a fait les yeux ronds comme des soucoupes, à ce moment là, pendant que sur les lèvres de Michel Ancel, on lisait « il voulait probablement dire 15 millions »), on apprend que le fond d’aide au pré-développement progresse, en passant en 2004 de 8 millions d’euros (pour 20 studios) à 3,5 millions d’euros (pour 100 projets) et que le gouvernement continuera cette aide de la sorte. Bref… Netsabes, mon estimé collègue de NoFrag qui était sur place, se tordait le visage de douleur pour éviter de hurler de rire à chacune des phrases du ministre, pendant que quelques autres journalistes et bloggers présents dans la salle portaient la main devant leur bouche pour masquer un sourire moqueur devant tant de maladresses.

De la négligence au mépris

Alors qu’il y a 15 jours, Jean-Claude Larue, président du S.E.L.L, signale que grâce au crédit d’impôt, le développement des jeux vidéo au Canada coûte 40 % moins cher (30% selon Benoît Sokal), que si les studios de développements compte aujourd’hui que 1 500 personnes contre 5 000 il y a cinq ans, et que si rien n’est fait d’ici deux ans, si l’on en croit le député du Loir-et-Cher Patrice Martin-Lalande, « il n’y aura plus rien à sauver » (source le Figaro, pourtant !), François Loss n’a rien dit du tout à propos du principe du crédit d’impôt. Qu’est-ce que cela lui aurait coûté de nous informer que le Ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres avait demandé à la commissaire Européenne à la concurrence Nelly Kroes de le recevoir pour traiter ce dossier en priorité. L’idée du ministre de la culture étant de faire profiter le secteur du jeu vidéo des soutiens dont profitent les industries culturelles (et dont le crédit d’impôt) ? Rien…

Mais non… Même pas… Ca n’a pas été dit, pas même suggéré… Et pourtant, cette initiative datait bien du 12 septembre dernier. Monsieur François Loos etait perdu dans ses « petites voitures » du « petit mondial de l’auto », et n’était manifestement pas à sa place dans le festival du jeu vidéo. Monsieur le ministre, arrêtez de vous occuper de ce secteur, vous ne le maîtrisez pas. Ce n’est pas qu’une simple ligne dans votre agenda, plusieurs milliers de personnes essaient de vivre à travers ce media, et il serait bon de vous y intéresser davantage avant de lire votre feuille mal écrite… D’ailleurs, si ce sont vos conseillers en jeu vidéo qui l’ont écrite, ne la lisez surtout pas, et changez dans l’urgence de conseillers : ils sont vraiment pas très bons… Je ne sais pas moi… Renseignez-vous auprès de votre ministre de la culture, lui au moins, il prend des initiatives… Restent à savoir si elles seront efficaces (ce qu’on espère fortement).




Lundi 02 octobre 2006 à 14h00, rédigé par
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